Alors que la droite prétend répondre aux enjeux environnementaux avec le Grenelle, une analyse plus poussée montre à quel point ce sujet majeur nécessite une remise en cause de notre modèle de développement s’inscrivant de fait sur le long terme. Face à la crise écologique et les vrais faux engagements de la droite, quel est le constat dressé, et comment articuler socialisme et écologie ?
L’atelier organisé à La Rochelle, animé par Béatrice Marre, Secrétaire nationale, et consacré samedi 30 août au rendez-vous manqué du Grenelle de l’environnement et de la présidence française a permis de faire le point. En introduction, Béatrice Marre a souligné le lien à établir entre les dégradations dramatiques de l’environnement -changements climatiques et perte de la biodiversité-, et le système ulta-libéral de la mondialisation financière, soutenue de facto par Nicolas Sarkozy. Le développement durable, seule réponse aux dérèglements actuels, qui exige une régulation forte et des politiques publiques de log terme, doit devenir le fil rouge de l’action des socialistes qui l’ont d’ailleurs intégré en bonne place dans la nouvelle déclaration de principe du Parti.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les sympathisants et responsables socialistes présents à la tribune s’accordent entre autres sur un principe : faire de l’environnement l’un des piliers du socialisme. Ainsi, pour Bertrand Delanoë, « on ne peut plus aujourd’hui être socialiste sans être écologiste », ce que confirme Gérault Guibert, délégué national à l’écologie, pour qui « le socialisme est obligatoirement écologique ». Consensus également au sujet du Grenelle : pour tous les participants en table ronde, le Grenelle ne fait que survoler les enjeux du développement durable, en apportant des réponses à l’emporte-pièce, qui se résument entre
autres au bonus malus.
Selon Pierre Radane, ancien président de l’ADEME, le gouvernement Fillon souhaiterait traiter en un temps très court ce qui ne peut l’être uniquement sur le long terme. Car l’enjeu n’est pas d’aménager à la marge notre économie, et de « repeindre en vert le Palais de l’Elysée » (selon l’expression d’ Arnault Montebourg). Non. Il s’agit « de transformer radicalement notre modèle de développement » indique Gérault Guibert.
Cette transformation passe obligatoirement par une plus grande régulation de l’économie. C’est le cas notamment en matière de politique énergétique (thème sur lequel l’Europe manque cruellement d’une politique commune), d’accès à l’eau – Bertrand Delanoë insistant par exemple sur la « remunicipalisation » de la distribution de l’eau à Paris ou encore d’accès à la nourriture.
Si le constat est sévère à l’égard du Grenelle, il l’est d’autant plus au sujet de l’actuelle présidence française de l’Union européenne. Pour Catherine Guy Quint, députée européenne, les priorités annoncées par le gouvernement Fillon sont de grandes généralités, dont la mise en œuvre laisse à désirer : changement climatique, transport, énergie, autant de sujets sur lesquels la droite fait preuve d’incohérence et de manque d’ambition. « La présidence française vend des mots, c’est tout », conclut la parlementaire européenne.
Autre point soulevé par les participants : le risque que le développement durable devienne un concept trop abstrait, trop contraignant. Pour Arnault Montebourg, l’adaptation de notre mode de vie et l’évolution de la réglementation pèseront davantage sur les classes moyennes et populaires. « Il y a donc un grand besoin de démocratie et de pédagogie à l’égard de ces catégories » précise le parlementaire de Saône et Loire.
Heureusement, logique écologique et logique économique sont souvent conciliables. Si l’on prend l’exemple des dépenses énergétiques de la France (dont la facture s¹élève à 70 milliards d’euros par an), le développement d’une économie privilégiant les énergies locales et/ou renouvelables est une stratégie gagnante sur tous les tableaux : balance commerciale, emploi, indépendance énergétique.
Quant aux progrès technologiques et à la science, sont-ils en mesure de répondre aux enjeux actuels ? Pourquoi pas, à condition que les choix technologiques puissent être discutés démocratiquement. Le nucléaire par exemple : aucun participant ne remet en cause ce mode de production d’électricité (même si l’EPR est rejetée) à condition que la recherche soit en mesure de répondre au problème crucial des déchets. L’idée même de progrès doit être défendue par la gauche, à condition que le progrès soit au service de la politique, précisent les participants à l’atelier. Quoi qu’il en soit, ce n’est pas le Grenelle tel qu’il se profile actuellement qui transformera en profondeur les règles de fonctionnement de notre économie : trop abstrait, trop rapide, sans financement, le projet de loi actuellement en préparation est insuffisant.
Besoin de régulation, développement, solidarité, préservation des ressources, telle est notre vision du développement durable, résume Béatrice Marre. Nous devons le mettre en œuvre et convaincre nos concitoyens que les approches libérales ne peuvent au mieux que freiner le processus de dégradation de l’environnement, et au pire l’entretenir . De ce point de vue, les socialistes ont ici l’occasion d’être plus que jamais avant-gardistes, conclut la Secrétaire nationale.
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