…. Stéphane Hallegatte, chercheur en économie de l’environnement et en science du climat à l’Ecole Nationale de la Météorologie (ENM) et au Centre International de Recherche sur l’Environnement et le Développement (CIRED), membre du GIEC et du groupe de travail interministériel sur l’évaluation des impacts du changement climatique :
En termes d’architecture de financements, quels sont les fonds existants et les options possibles? la ou les quelle(s) vont être retenues d’après vous? la ou lesquelle(s) devraient être retenue d’après vous?
Le financement par les pays industrialisé d’efforts de réduction des émissions et d’adaptation dans les pays du Sud est l’une des clés de la négociation de Copenhague. Au-delà de la question des montants, sur lesquels les débats sont évidemment très animés, l’une des grandes questions est de savoir dans quelle mesure ce financement doit s’appuyer sur les structures existantes, et notamment sur le Fond pour l’Environnement Mondial, qui gère déjà les fonds liés au changement climatique, et sur les institutions multilatérales et bilatérales d’aide au développement (l’Agence Française de Développement, la Banque Mondiale, etc.).
On peut en effet imaginer d’utiliser ces institutions existantes, de créer de nouvelles institutions, ou encore de choisir une solution intermédiaire. Cette question est très politique, car les institutions d’aide au développement ont été conçues pour utiliser des dons, et les pays du Nord qui fournissent les fonds les contrôlent largement. Or, les pays du Sud demandent la création de nouvelles institutions sur lesquelles ils auraient un plus grand contrôle.
Il est aujourd’hui impossible de prévoir ce qui va se passer dans les jours qui viennent, mais les négociateurs cherchent une solution qui permettrait d’éviter de recréer ce qui existe déjà, de profiter des expériences acquises sur l’aide au développement, de préserver la souveraineté des pays qui recevraient un soutien, et surtout d’assurer la cohérence entre les politiques de développement et les politiques climatiques, car ces politiques sont indissociables.
Les négociations ont été rythmées par de nombreux événements : texte danois, suspension demandée par Tuvalu, suspension temporaire des négociations par le groupe Afrique ; quel jeu entre pays industrialisés et « pays du Sud »?
Tous les problèmes du monde sont abordés dans le cadre des négociations sur le climat. D’où la question de savoir si la conférence de Copenhague doit aboutir à un accord sur le changement climatique, ou à un accord qui s’attaque aussi aux problèmes de sécurité alimentaire, de santé, de développement, de relation Nord-Sud, etc.
Or, à vouloir régler trop de problèmes, on risque simplement de n’en résoudre aucun, car la complexité du problème devient ingérable. Ainsi, les déboires passés et présents de l’aide au développement jouent un rôle important : d’un côté, les pays industrialisés ne veulent pas renouveler les échecs des « éléphants blancs », ces projets massifs d’infrastructure qui n’ont pas donné de résultats concluants en termes de sortie de la pauvreté ; d’un autre côté, les pays en développement ne peuvent que constater que les promesses passées n’ont pas été respectées, et notamment l’engagement de porter l’aide au développement à 0.7% du PIB des pays riches. L’aide au développement représente seulement autour de 0.3% du PIB de l’OCDE aujourd’hui, et les seuls pays qui respectent leurs engagements sont les pays d’Europe du Nord, la France étant autour de 0.4% de son PIB.
Ces échecs et renoncements ont conduit à une dégradation de la confiance dans les engagements de chacun, et ce manque de confiance est un obstacle permanent aux progrès de la négociation.
Et la confrontation Nord-Sud se complique. En 1992, quand les négociations sur le climat ont débuté, il y avait clairement deux catégories de pays, les pays industrialisés d’une part et les pays en développement de l’autre. Toute la négociation s’est organisée autour de ces deux groupes, avec des traitements différenciés. Or, on doit maintenant gérer trois groupes de pays : les pays riches (USA, Europe, Japon, Australie, etc.), les pays émergeants (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud, etc.), et les pays les plus pauvres (Afrique, petites îles, etc.). Ces pays ont des besoins différents.
Pour atteindre l’objectif d’un réchauffement inférieur à 2°C, on a besoin que les émergeants s’engagent sans attendre sur une déviation de la croissance de leurs émissions de gaz à effet de serre, d’autant plus que ces pays mettent actuellement en place leurs infrastructures, et que ces infrastructures vont décider de leurs niveaux d’émission pour les décennies qui viennent. En revanche, les pays les plus pauvres émettent très peu et il n’est ni souhaitable ni nécessaire de leur imposer des contraintes sur leurs émissions. La priorité pour eux reste l’accès de leur population aux services de base (eau, électricité, santé) et leur adaptation aux changements climatiques.
Il paraît également évident qu’en termes de soutien financier, on ne peut pas traiter la Chine comme le Malawi. Mais les textes actuels ne permettent pas une telle distinction, et leur amendement dans le sens d’une distinction entre pays en développement est un point de blocage majeur de la négociation. C’est ce qui explique les tiraillements que l’on observe entre la Chine et les pays les plus vulnérables, comme les pays Africains et les petites îles. Le pire serait que l’accord s’organise entre les pays riches et les émergeants, en laissant de côté les besoins des pays les moins avancés, dont le poids dans la négociation est bien plus faible.
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