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2010 est-elle vraiment l’année de la biodiversité ?

Questions à…

Serge Orru, directeur général du WWF France

1) La 3e rencontre de l’IPBES aura lieu du 7 au 10 juin prochain, et portera sur la recherche d’un accord pour l’établissement d’un  nouveau mécanisme, afin de renforcer et améliorer les interfaces existantes en science politique. Faut-il appuyer l’IPBES (équivalent du GIEC pour la biodiversité), et pourquoi ? quels en sont les principaux enjeux?

L’IPBES permet de capitaliser sur les processus déjà existants en créant un cadre qui assurera l’amélioration de la décision politique dans le domaine de la biodiversité. Ce sera aussi un outil qui favorisera une meilleure prise de conscience des citoyens et des politiques quant aux

conséquences de l’érosion de la biodiversité, en s’appuyant sur le modèle du GIEC qui a prouvé son efficacité pour faire connaître les impacts du changement climatique. La biodiversité, c’est la nature tout simplement qui nous délivre des services écosystémiques comme la pollinisation des plantes ou la captation du CO2. Jusqu’à présent, ces services rendus par la nature n’ont pas été intégrés dans notre mode de comptabilité de la richesse or ils sont à son fondement.

L’exemple de la disparition des insectes pollinisateurs est le plus simple à comprendre. L’apport de ces insectes aux principales cultures mondiales en 2005 a pu être évalué à 153 milliards d’euros. Ce qui représente 9,5 % de la valeur de la production alimentaire mondiale. Or, nous constatons un effondrement des pollinisateurs pour des raisons multiples en particulier liées à l’agriculture intensive, comment allons-nous faire pour pallier à cette perte de nourriture ? Nous sommes au cœur de la question du rapport entre la perte de biodiversité et son impact sur l’économie humaine.

2) L’UE a lancé sa campagne sur la biodiversité, alors qu’un sondage Eurobaromètre publié le 09 avril dernier montre que 38 % des européens connaissent le terme, et seulement 17% se disent préoccupés. Comment mobiliser et conscientiser les citoyens sur ce sujet ? les décideurs ? la politique de l’UE est-elle suffisamment claire et affirmée sur le sujet ? (cf Doha)

La biodiversité, c’est complexe et cela paraît étranger à la vie des gens alors que sans biodiversité, la vie n’est pas possible. Il y a sans doute un vrai déficit de communication à l’échelle de l’Union. A l’échelle de la France, nous avons décidé avec l’IUCN, la Fondation Nicolas Hulot, FNE, LPO et la Ligue Roc de lancer une appel citoyen intitulé « la biodiversité, c’est ma nature » (http://www.labiodiversitecestmanature.org) pour faire que la biodiversité devienne une grande cause partagée. Cela étant, il ne faut pas voir l’Union comme un bloc homogène. Sur les sujets environnementaux, la sensibilité des opinions publiques n’est pas là même entre les nouveaux entrants qui sont moins sensibles aux questions écologiques et les pays qui ont une longue tradition juridique de protection de l’environnement comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Cela est frappant quand on analyse l’action des Etats pour faire respecter réellement la directive Natura 2000 qui est le cœur de la politique de l’Union sur les questions de biodiversité. Ce qui est certain, c’est que La protection des espèces ou la lutte contre le changement climatique sont maintenant des sujets diplomatiques majeurs pour lesquels l’Union est encore un acteur faible car incapable de parler fortement d’une seule voix sur la scène internationale.

3) Le bilan de la conférence de la CITES à Doha a été qualifié de « triste » pour la biodiversité, en raison du lobbying intensif de certains pays qui ont protégé leurs intérêts commerciaux ; est-ce selon vous un échec complet ? faut-il une remise en question des procédures? Par quels moyens les ONG peuvent-elles influer davantage?

Les règles de commerce de la CITES ne peuvent apporter de bénéfices économiques et assurer la préservation des espèces que dans la mesure où elles sont appliquées correctement et cela n’est malheureusement que trop rarement le cas. Il y a un manque criant de moyens. Ainsi, le Consortium International de Combat contre le Crime sur les Espèces Sauvages (International Consortium Combating Wildlife Crime – ICCWC), nouvellement créé et constitué du Secrétariat de la CITES, d’INTERPOL, de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et de la Banque Mondiale, qui s’est engagé à s’investir dans un certain nombre d’activités communes pour amener les criminels de la vie sauvage devant la justice. Est une excellente idée sur le papier mais manque en réalité terriblement de budget. Cela étant, l’échec de la conférence de Doha sur un certain nombre d’espèces marines ne doit pas faire oublier les succès engrangés depuis les années 70.

Les campagnes pour la biodiversité pour l’année 2010.

Celle de l’Europe, « Biodiversity, we are all in this together » ;

A l’échelle de la France, la campagne organisée par l’IUCN, la Fondation Nicolas Hulot, FNE, LPO et la Ligue Roc, appel citoyen intitulé « La biodiversité, c’est ma nature » .

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